Ma vie étudiante

La société nous fait croire que la vie étudiante représente les meilleures années de notre vie, l’âge de tous les possibles, l’âge de l’indépendance totale (la célèbre phrase « A 18 ans je me casse de chez mes parents »). Mais ça n’est pas vrai pour moi. Ma vie étudiante est surtout l’âge de l’attente avant une vie future meilleure.

Je ne parlerai pas davantage de la prépa ni de la 1ère année de médecine. A cette époque je n’avais pas vraiment le temps de socialiser (enfin je me suis quand même fait quelques amis en prépa mais ils ont quitté la ville pour poursuivre leur cursus) et le fait de vivre chez mes parents était bien pratique.

Arrivé en 2ème année de cursus médical, j’ai loupé le coche de l’intégration. Je ne connaissais personne dans ma nouvelle promo et le feeling ne passait pas très bien avec certains  d’entre eux que je trouvais un peu lunatiques, moqueurs et prétentieux (ils ont changé au cours du temps, aujourd’hui ils sont super). Je suis allé à la 1ère soirée de promo mais pas aux suivantes car je n’arrivais pas à m’intégrer dans le groupe, je n’avais rien à dire d’intéressant, j’étais la 5ème roue du carrosse. Je ne suis pas non plus allée au Week End d’Intégration pour ces raisons que j’avais déjà évoquées précédemment.

Mes collègues de promos faisaient souvent des soirées en petits groupes avec leurs amis du lycée qui faisaient des études dans la même ville et j’avais l’impression qu’ils n’avaient pas besoin de m’inviter parce qu’ils avaient déjà suffisamment d’amis sous la main. Par la suite, des petits groupes internes à la promo se sont constitués pour les soirées mais je n’étais pas davantage invité.

J’étais un des seuls étudiants de la promo à ne pas avoir d’appartement puisque mes parents vivent dans une commune en périphérie de ma ville universitaire, qu’on n’a pas droit à une chambre en cité U ni à des bourses (pour ce qui est des aides au logement je ne sais pas si la distance du domicile parental vis-à-vis du lieu d’étude rentre en ligne de compte) et qu’il faudrait tabler sur un budget mensuel d’au moins 600 € voire 700 € pour tout payer. Mes collègues ont un appart par nécessité car leurs parents vivent loin, mais comme beaucoup ont des parents médecins, chirurgiens-dentistes ou pharmaciens, leurs parents peuvent « rallonger la soudure » et leur procurer un certain confort de vie. Il était de coutume de faire une soirée (ou au moins une fête d’anniversaire) dans chaque appart, mais quand on n’a que la maison des parents en semaine, ça ne le fait pas. On m’a souvent taquiné sur le fait que je pourrais organiser un truc pour la promo chez mes parents. Bref je suis le mec qui n’invite personne parce qu’il ne peut pas.

Depuis que je suis devenu externe à l’hopital (ie que je bosse en partie à l’hopital et en partie à la fac), je ne pense qu’à prendre mon indépendance et je rêve d’avoir mon propre appart en centre-ville. Déjà je n’aurais plus besoin de me farcir les embouteillages monstres à l’entrée de la ville 2 fois par jour et puis je n’aurais plus mes parents sur le dos, et enfin ça me permettrait de sortir davantage. On fait parfois des apéros en entre-ville ou à la fac le soir mais je ne reste pas longtemps parce que je conduis donc je ne dois pas abuser et personne ne va se proposer de m’héberger. Il m’arrivait souvent de décliner ces soirées, mais depuis 2 ans je fais davantage d’efforts et j’y vais bien plus souvent. Reste que ne pas avoir d’appart en centre-ville c’est vraiment la loose. Je précise que mon salaire misérable d’étudiant hospitalier s’élève à 200 € par mois (oui, il ne manque pas de zéro !) pour un « temps plein hospitalier » qui dépasse très largement les 35h. C’est pas avec ça que je vais pouvoir prendre mon indépendance. Il ne faut pas croire les stéréotypes : les étudiants en médecine ne sont pas de riches capitalistes nés avec une cuillère d’argent dans la bouche, et ils remboursent largement le coût de leurs études à l’Etat en étant exploités pendant des années par l’hôpital public. Évidemment je ne pars pas non plus en vacances, je ne me permet pas de voyager, contrairement à ce que les gens s’imaginent des étudiants.

Qui dit pas d’appart, peu d’occasions de sorties et peu d’amis dit également peu d’occasions de rencontrer des filles célibataires. La plupart des gens que je côtoie sont déjà casés et je n’ai pas l’impression qu’à mon âge il reste encore beaucoup de filles célibataires. Les vraies rencontres se font par l’intermédiaire de notre réseau social : en sortant avec des amis ou en allant à des soirées où l’on est susceptibles de rencontrer des filles.

Aujourd’hui ça va beaucoup mieux au niveau sociabilité : depuis que je suis externe, je côtoie mes collègues en permanence et j’ai appris à mieux les connaitre et les apprécier. Eux aussi ont changé, ils sont adorables maintenant. Reste qu’ils ne m’invitent pas à leurs petites soirées perso. Les habitudes des soirées sont là et c’est difficile de d’y être invité quand on a loupé le coche de l’intégration.

Par contre au niveau professionnel ça se passe très bien avec le personnel hospitalier et les patients, j’ai toujours été très sûr de moi, dynamique et volubile. Quand j’enfile ma blouse, je rentre dans mon rôle de professionnel de santé et ma timidité disparait. On aurait peine à croire qu’en réalité je suis aussi coincé et sans aucune expérience amoureuse ni sexuelle.

Reste que dans les soirées plus officielles, j’ai encore du mal à me décoincer. Lors du dernier gala de ma fac (une grosse soirée super classe où les profs et toutes les promos d’étudiants se mettent en costard et robes de soirée, suivie d’une sortie en boite, bref c’est l’évènement majeur de la fac)  j’étais terriblement coincé en soirée et en boite alors que dans le même temps je voyais certains collègues draguer et emballer des nanas inconnues de la boite avec une facilité déconcertante. C’est à ce moment que je me suis dit qu’il était temps que je consulte un psy pour qu’il m’aide à résoudre ces problèmes de timidité et de manque de compétences sociales.

Bref je ne profite absolument pas de ma vie étudiante. Je me contente de travailler dur en rêvant de profiter de ma vie future et en espérant rattraper toutes ces années de fêtes et de sexe que je n’ai pas connues.

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6 réflexions au sujet de « Ma vie étudiante »

  1. Zorg86

    Well… et bien, je ne diffère de toi que par UN point : j’ai un appart, près de ma Fac.
    Mais je n’ai jamais eu l’occaz d’y organiser quoi que ce soit, et à vrai dire, vu que je n’ai pas de « réseau social », ça m’est grosso modo impossible. Et je sais pas comment on fait. Et ça serait, venant de moi, vécu comme… weird.
    Je suis d’accord avec toi concernant les filles célibataires de notre âge. Je n’en connais aucune… Ou alors ce sont des filles bien célibataires mais qui ont « sexuellement vécu » et/ou sont épanouies avec des coups d’un soir mais qui cherchent dès lors un AVENIR avec un mec, pour se caser / marier / bébés etc. Et oui, tous ceux que je connais… parlent de ça. « Après l’ECN ? bah, on pensait s’installer là etc. et puis je prendrai une année de disponibilité pour m’occuper du bébé ».
    Alors, question : comment peut-on *commencer* sa vie sentimentale et sexuelle (y compris l’éducation de base ratée pendant l’adolescence) auprès d’une génération qui… pense à fonder un foyer ?… Personnellement, je ne pense pas à ça, je veux rattraper le temps perdu, je veux papillonner à droite à gauche comme les autres ont fait 😦

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    1. alone87 Auteur de l’article

      Il y a quelques mois encore, j’aurais dit la même chose concernant le fait de commencer sa vie amoureuse avec une fille qui n’attends que de se caser et s’assagir.
      Mais maintenant je pense que si la fille nous aime vraiment, elle sera ravie de nous initier et ne nous mettra pas la pression. Il faut juste ne pas dévoiler notre virginité trop tôt mais attendre que la relation de confiance soit suffisamment engagée.

      Par contre si je me mets en couple avec une fille qui a du vécu, j’espère qu’on aura une vie sexuelle satisfaisante et pas juste un seul rapport sexuel plan-plan par semaine sous prétexte que mademoiselle aurait déjà tout expérimenté et n’aurait plus gout au sexe.

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  2. Robert de Saint-Loup

    Il y a en effet une grande part de cliché dans la représentation des années étudiantes. Pour ma part, je me les représente surtout comme des années de solitude et d’effort (à part deux ou trois qui surnagent) et je préfère de loin le style de vie que j’ai aujourd’hui.
    Lorsque tu dis que tes camarades ont changé, n’est-ce pas aussi ta perception d’eux qui a changé en t’intéressant davantage à eux ?
    Je me suis souvent interrogé sur le mécanisme qui fait que l’on est invité ou pas à des soirées. On dit parfois qu’il y a chez le timide une tendance à se prendre pour le centre du monde, à s’imaginer que les autres l’excluent sciemment, une hypersensibilité qui fait que l’on attache de l’importance à des choses qui n’en ont pas pour d’autres. Je crois qu’il y a aussi le côté plus superficiel de beaucoup de personnes qui perçoivent l’amitié comme une alliance de circonstances. Cela dépend aussi de ce qu’on recherche (j’y reviens).
    Je hasarde une idée comme ça, pas moyen d’inviter quelques amis chez toi en l’absence de tes parents ?
    Enfin et aussi pour répondre au commentaire de Zorg, toutes les filles à 26 ans ne cherchent pas forcément à se caser et à avoir un enfant. A Paris il y a bien des filles plus âgées qui recherchent l’aventure. Après je ne passe pas qu’il faille partir en se disant « je recherche la femme de ma vie » ou bien « je recherche l’aventure d’un soir », mais plutôt en se disant qu’on va faire des rencontres. Cependant, il est en effet fort probable qu’à ton âge, et à cause du type de filles que tu pourrais être amené à rencontrer, tu tombes plutôt sur des personnes qui souhaitent une relation sur le long terme. Cela peut aussi être intéressant de s’intéresser aux filles plus jeunes, qui recherchent des garçons plus matures. Lorsque j’ai rencontré ma femme elle avait 18 ans et moi 23.

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    1. alone87 Auteur de l’article

      Concernant mes camarades, les deux phénomènes ont lieu je pense : ils ont changé, sont devenus plus calmes, s’intéressent plus à moi et de ma part ma perception d’eux qui a changé.
      Je suis absolument d’accord avec l’hypersensibilité sur des choses sans importance, ça explique en partie mon comportement évitant face à eux lorsque le contact s’est mal engagé. Ça explique aussi mon comportement durant une bonne partie de ma vie.
      Mes parents sont en permanence à la maison, sauf pendant 2 semaines l’été. Mes collègues rentrent chez eux certains week-ends (voire tous les WE) et durant les vacances universitaires. Donc ça n’est pas possible. Et honnêtement je n’aimerais pas faire une grosse soirée avec plein de monde ça c’est en référence aux fait que certians voulaient que j’invite une partie de la promo chez moi pour mon anniv), je préfèrerais un truc en très petit comité.
      Personnellement ça ne dérangerait absolument pas de tomber sur une fille qui veut une relation sérieuse (enfin j’aurai certainement un petit pincement au cœur si je n’avais qu’une seule partenaire sexuelle durant ma vie). Ce que je ne voudrais pas, c’est d’une fille blasée de la vie qui ne serait plus vraiment intéressée par le sexe (oui c’est un peu exagéré).
      Les filles plus jeunes ça me branche bien. Pourtant la seule que j’ai rencontrée était très immature. Il faudrait quand même que j’élargisse mes critères de recherche sur adopteunmec car des filles jeunes, je n’en croise pas dans ma fac.

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  3. jojolapatate

    Je sais que vos commentaires datent de 2013, mais je voulais savoir ce qui t’est arrivé ?
    As-tu rencontré des filles ? Et ta vie s’est améliorée ? Ta vision des choses a-elle changé ?
    Je t’écris parce que j’ai l’impression de m’identifier un peu à toi.
    J’habite chez ma mère, et là, j’ai la terrible impression de rater des choses parce que je mets tout à l’écart ( Jamais eu de relation amoureuse pourtant l’occasion ne me manque pas ; les amis passent toujours au second plan ; j’évite au maximum les soirées ) . A présent ça va mieux , mais j’ai l’impression que rien a vraiment changé.
    Contrairement à toi, j’ai fait des études non par ambition, mais pour faire plaisir à mes proches , de plus fonder une famille n’est pas ma priorité numéro 1.
    Ces derniers temps, je me suis rendu compte que je n’étais pas heureuse, car il me manquait quelque choses.
    Je n’ai jamais vraiment pris le temps pour moi, j’ai toujours mis en avant les études, le travail et les besoins de ma famille.
    Donc en gros j’aimerai que tu me dis si ça c’est améliorée pour toi .

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    1. alone87 Auteur de l’article

      Bonjour jojolapatate, tu trouveras toutes les réponses à tes questions dans les articles suivants de mon blog. Je ne vais pas tout te re-raconter en détails, mais oui les choses se sont nettement améliorées. J’ai rencontré ma copine à la fin de l’année 2013, j’ai eu ma première fois peu de temps après, je vis avec elle depuis un peu plus d’un an, on est pacsés depuis 6 mois, on essaye de faire un bébé et on va se marier dans 1 à 2 ans, quand on aura les moyens.

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