Timidité amoureuse et abstinence involontaire

Suite aux commentaires pertinents de mon précédent article, j’ai décidé de rédiger un article qui s’intéresse aux causes sociologiques de la timidité amoureuse et de l’abstinence sexuelle involontaire à l’âge adulte.

Le psychologue américain Abraham Maslow a défini la pyramide des besoins humains éponyme (http://fr.wikipedia.org/wiki/Pyramide_des_besoins_de_Maslow, lisez l’article en anglais, c’est mieux) dans laquelle on apprend que la sexualité fait partie des besoins physiologiques de l’individu, au même titre que la faim, la soif, la respiration et les fonctions d’élimination. Elle montre aussi que le besoin d’appartenance et d’amour est relativement haut placé et est nécessaire pour avoir une vie accomplie. Dès lors, il n’est pas étonnant qu’une vie amoureuse inexistante et une sexualité solitaire mènent à la dépression. Certains psychologues ont donc étudié les causes de cette vie amoureuse et sexuelle insatisfaisante. Cet article n’a pas pour vocation d’être exhaustif sur ce phénomène, juste de vous présenter 2 sources d’inspiration pour ce blog.

En faisant des recherches sur la virginité tardive en anglais, je suis tombé par hasard sur un article du Journal of Sex Research de 2001 intitulé « Celibacy : a life course analysis » rédigé par des psychologues de la Georgia State University. Il s’attache à étudier les causes et conséquences de l’absence de relation amoureuse et/ou de l’abstinence sexuelle involontaire au cours de la vie. Les auteurs sont partis du constat que ce domaine avait été entrevu par de précédentes études sur la sexualité mais jamais pleinement investigué. Ils indiquent que les sociétés occidentales ont un modèle dans lequel les premiers flirts, la découverte de la sexualité, les relations de longue durée et le mariage se déroulent selon une séquence linéaire à des tranches d’âge bien définies et font office de rites de passage. Forcément les gens qui se trouvent en décalage avec cette norme se mettent à complexer et éprouvent davantage de difficultés dans leur vie sociale, ce qui diminue encore la possibilité de rencontrer un partenaire, en particulier s’ils pensent que leur partenaire sera forcément bien plus expérimenté qu’eux. L’abstinence involontaire ou la virginité tardive résultent d’une combinaison d’évènements durant l’adolescence et la jeunesse.

Ils se sont donc demandé quels sont les facteurs qui inhibent la transition vers l’activité sexuelle, à quel moment et de quelle manière les abstinents involontaires se trouvent en décalage par rapport aux autres et quels facteurs les maintiennent en décalage et inhibent la découverte et la poursuite de relations sexuelles.

Ils ont inclus 82 personnes recrutées via internet à la toute fin des années 90, la plupart étant des gens diplômés de l’enseignement supérieur. 80% étaient des hommes. Certains étaient mariés mais n’avait pas de relations sexuelles. Ils reconnaissent que leur échantillon n’est pas représentatif. Ils leur ont fait répondre à un volumineux questionnaire.

1/3 étaient des vierges tardifs, les autres ayant déjà eu des rapports mais ensuite aucune activité sexuelle depuis un bon moment. 91% des vierges tardifs (VT) et 52% des célibataires endurcis ne sont jamais sorti avec quelqu’un à l’adolescence. Leur sexualité adolescente était uniquement masturbatoire. Seuls 29% des VT ont ultérieurement expérimenté leur premier baiser ou des préliminaires. Certains célibataires de longue durée ont eu des rapports à un âge normal mais n’ont pas été satisfait des conditions. Les données montrent que l’absence de séduction et de relations amoureuses à l’adolescence sont le premier facteur menant à une vie amoureuse et sexuelle insatisfaisante. Cela renforce ma thèse selon laquelle la séduction et les compétences sociales s’acquièrent de manière intuitive pendant l’adolescence.

Le sentiment de retard anormal des vierges tardifs sur les autres apparait à l’approche des 25 ans. Parmi les célibataires endurcis non-vierges, 20% ont eu recours à des prostituées.

A l’âge adulte, la timidité est le principal facteur responsable de l’absence de relations amoureuses. 40% des vierges tardifs mentionnent également un manque de compétences sociales (difficultés à se faire des amis…). L’image corporelle négative entre également en ligne de compte : les individus qui ne s’aiment pas évitent les situations sociales et réduisent les opportunités de rencontres. Les femmes vierges tardives mentionnent en priorité leur surpoids alors que les hommes mentionnent leur poids insuffisant. Le manque d’activités de loisir et le travail dans un milieu exclusivement masculin ou féminin renforcent leur isolement social et leur manque d’opportunités de rencontres.

Leur abstinence ou inexpérience sexuelle engendre une insatisfaction, de la frustration ou de la colère. Mais le plus préoccupant pour eux est l’absence d’amour. Ils pensent être passés à coté de leur jeunesse et qu’un processus a « calé » durant leur adolescence. Ils pensent qu’ils n’arriveront pas à rattraper les autres, qu’ils sont encore coincés « dans la cour de récré ». Cette frustration diminue encore leur confiance en eux donc leur attractivité et leur pouvoir de séduction, bref c’est un cercle vicieux. Les hommes et femmes se sentent pris au piège des conventions sociales (les hommes doivent faire le premier pas et les femmes doivent rester passives). A cette époque déjà, les vierges tardifs utilisaient internet pour se rassurer et vivre une certaine vie sociale par procuration.

Les auteurs soulignent la nécessité d’études supplémentaires et que tant que la virginité tardive restera aussi peu explorée, elle restera un sujet tabou et des gens continueront d’en souffrir.

Voici l’article complet : http://www.scribd.com/doc/23792587/Involuntary-Celibacy-A-Life-Course-Analysis

Je voulais également aborder le concept de timidité amoureuse (love shyness) définit par le psychologue américain Brian Gilmartin en 1987. Il s’agit d’une forme de trouble anxieux social ou bien de trouble de la personnalité évitante circonscrit au domaine amoureux. Gilmartin a abondamment étudié le phénomène et rédigé un livre, qui est souvent évoqué sur les sites de langue anglaise abordant la virginité tardive. Ce concept ne fait pas consensus et n’est pas reconnu par le DSM-V (la bible de la psychiatrie américaine) ni par la Classification In ternationale des Maladies CIM-10. Néanmoins il mérite notre attention.

Voici l’article français sur Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Timidit%C3%A9_amoureuse. Si vous maitrisez l’anglais, je vous conseille de lire la version anglaise de l’article, bien plus complète, comme toujours. Je ne détaillerai pas le concept, ça reprend ce que j’ai déjà dit.

L’auteur Jean-Paul Benglia reprend aussi ce concept dans son livre (j’en parlerai ultérieurement).

Voila, si vous avez eu le courage de lire ce pavé (ou pas), je tenais à vous dire que mes prochains articles parleront à nouveau de moi et seront bien plus abordables que celui-ci.

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5 réflexions au sujet de « Timidité amoureuse et abstinence involontaire »

  1. Robert de Saint-Loup

    Salut,
    J’ai lu avec intérêt ton article, l’étude en anglais et la page wikipedia (la traduction française comporte des erreurs).
    J’ai particulièrement aimé l’article des chercheurs de Georgia State, qui est très sérieux dans sa démarche et dans sa description des problèmes rencontrés par les vierges tardifs. J’ai toutefois été moins convaincu par l’inclusion des « partnered celibates » qui me semblent relever d’un autre cas. Si l’article est aussi convaincant dans l’explication avancée (la socialisation manquée), il ne s’aventure pas à tenter d’expliquer pourquoi cette socialisation ne se fait pas.
    C’est le cas de la page wikipedia sur la love-shyness, concept qui me semble plus adapté à la virginité tardive, même si l’auteur me semble peindre un tableau par trop noir (il est vrai vieux de plusieurs décennies).
    Je me suis également demandé si le concept américain de « dating », avec ses codes, ne favorisait pas une meilleure acquisition du processus de séduction. Il serait intéressant d’accéder à des statistiques sur la virginité contrainte selon les pays.
    Enfin suite à notre discussion sur ton dernier article, je me suis également posé la question de ce qui aurait pu m’aider, à un niveau plus micro: le fait de me confier à une fille qui aurait pu m’aider à analyser ce qui n’allait pas dans mon comportement. Lorsque j’y repense, plusieurs amies ou connaissances ont certainement essayé de m’aider mais je n’ai pas pu ou su les écouter.

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    1. alone87 Auteur de l’article

      Au départ je pensais faire un bref résumé de l’article mais j’ai fini par faire un résumé beaucoup plus complet, dans la même veine que les résumés qu’on nous apprend à faire à la fac. Ça fait une avalanche de données.
      Le cas des « partnered celibates » est plus anecdotique, je n’en n’ai pas parlé. Il s’agit de couples dont la sexualité d’un des partenaires s’est éteinte suite à une grossesse ou un évènement non-identifié.
      En effet l’article n’étudie pas les causes de la non-socialisation à l’adolescence, probablement parce que c’est une découverte fortuite qui sort du cadre de l’étude. Ca mériterait une étude approfondie. J’ai regardé un peu sur Pubmed (la grande base de données américaine des articles médicaux du monde) et je n’ai rien trouvé qui explore ça (bon j’admets que j’ai pas trop fouillé parce que c’est compliqué à utiliser).
      Le bouquin de Gilmartin est un peu discrédité avec les références à l’astrologie et la réincarnation à la fin.
      Peux-tu m’expliquer le concept de « dating » et ses codes aux USA ? Je ne sais pas vraiment si c’est le fait de sortir avec une fille ou bien juste la courtiser.
      Je n’ai pas de stats sur la virginité tardive non-désirée là-bas.
      C’est clair qu’avoir une confidente féminine dans sa jeunesse ça doit être formidable.

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  2. Robert de Saint-Loup

    Pour moi le dating renvoie une image assez structurée et codifiée, qui ne correspond pas forcément à la recherche d’un partenaire (ex: a date for the prom) et peut faciliter un processus de socialisation entre les sexes. En lisant la page wikipedia, je me rends compte que ce cadre n’a pas que des avantages.
    Il faudrait voir si l’égalité sexuelle telle qu’on se la représente dans les pays du Nord réduit le risque de virginité subie.

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  3. Raoul

    Article intelligent. Je vis une de ces situations et je ne vois pas d’issue. Pas de copine jusqu’à 37 ans. Renfermé sur moi même, en colère contre moi-même. Compensation via internet et les mondes virtuels. Puis la situation c’est débloqué. Pas avec la bonne personne malheureusement.. elle m’a laissé tomber alors que j’étais aux anges. Et j’en ai retrouvé une vite fait. Mais problème : pas de relations intimes. Au début oui mais sensation qu’elle se forcait : ça ne l’intéresse pas ! Ce qu’elle m’a dit la derniere fois… pas envie de rentendre ca… marre de la solliciter. J’ai plus l’impression d’être avec une bonne copine. Je fais comme si la sexualité dans mon couple n’existait pas. Elle n’existe pas. Ça m’agace quand elle me fait des petits bisous. Ça m’excite oui, et ça sert a rien il faut que je reprime tout de suite l’excitation ! Elle a un blocage oui. Je me sens bien avec elle pourtant. Il faut voir com ment elle me saute au cou quand elle ne m’a pas vu depuis un moment ! Oui elle m’aime, et moi ? … je ne sais pas, je me sens frustré… je suis bien avec elle mais il y a un manque… qui a toujours manqué ! Je me sens toujours a part même maintenant que je suis en couple. J’oublie de dire : de toute façon j’ai du mal dans les rapports, ça ne tiens pas si vous voyez ce que veux dire… Je ne m’aime pas du tout physiquement. Obèse ayant maigri… la peau n’a pas aimé du tout ! J’ai fait une chirurgie mais c’est loupé ! Résultat plutôt monstrueux. Bref voilà. Je ne regarde plus les femmes, surtout pas leurs formes (exit les clips musicaux !) Je réprime la sexualité, elle n’existe pas ! Je me sens à part, frustré !

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    1. alone87 Auteur de l’article

      Je crois que le principal problème dans ton couple c’est le maque de communication. Il faut que lui parles de ton désir sexuel pour elle et de la frustration qui s’en suit car elle ne veux pas faire l’amour avec toi, mais il ne faut pas l’exprimer comme un caprice ou une envie insistante (sinon elle va se braquer) : demandes lui plutôt pourquoi elle ne veux pas avoir de rapports avec toi ? C’est à cause d’un viol ? D’une éducation trop stricte qui lui fait assimiler le sexe à quelque chose de sale ? ou bien d’une éducation religieuse obscurantiste qui lui a appris qu’elle devait absolument réfréner ses désirs en dehors du mariage ? Elle a l’air de t’aimer mais il faut partager ta peine avec elle et l’inciter à parler de son blocage.
      Il se peut aussi qu’elle soit asexuelle (qu’elle ne ressente aucun désir sexuel, juste du désir amoureux). Il existe un forum spécial pour ça (Aven asexualité). En tout cas elle a l’air de t’aimer.
      Tu devrais consulter avec elle un psychologue pour faire une thérapie de couple et dépasser ces blocages.

      Pour l’éjaculation précoce, il faut que tu consultes un médecin (ton généraliste d’abord). Ca peut être dû à un phimosis ou un frein trop court qui entraine une stimulation trop importante du prépuce et du frein, ce qui déclenche l’éjaculation précoce. Moi j’ai eu de la crème corticoide à appliquer pendant 2 semaines et ça s’est considérablement amélioré.
      Ca peut aussi être dû à ta technique de masturbation qui fait que tu as l’habitude de te faire jouir vite au lieu de maitriser tes ardeurs pour maintenir longtemps ton plaisir sexuel juste au dessous du point de non-retour. Apprends à distinguer ce moment où tu es sur le point de jouir, ralentis la cadence, laisse le plaisir redescendre puis c’est reparti. Tu pourras durer longtemps.
      Il y a aussi le manque de pratique : le sexe vaginal sans préservatif, c’est très différent de la masturbation : il faut du temps et de la pratique pour ton corps s’habitue à ces nouvelles sensations. Au début c’est normal d’éjaculer précocément. Ca s’améliorera par la suite mais ça m’arrive encore quelques fois.
      La fatigue engendre aussi l’éjaculation précoce.
      Enfin certains individus ont un réflexe éjaculatoire plus sensible : une prise de certians antidépresseurs peut retarder l’éjaculation (mais il faut aller voir un médecin, pas question de piocher au hasard dans l’armoire à pharmacie ^^).

      Pour ton ventre, le psy peut t’aider à t’accepter. Tu peux aussi consulter un autre chirurgien plastique pour avoir un avis et te rassurer. Ca t’évitera de gamberger dessus, même si tu décides de ne pas te faire réopérer.

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